Rééditer « Mein Führer » : une pièce pour penser notre époque

Rééditée en 2026, « Mein Führer (Double Je) » explore le vertige d’incarner Hitler et interroge notre époque. Comment une société rend-elle possible l’ascension de figures autoritaires ?


2010 > 2026. Il y a deux semaines, nous avons signé le BAT et la pièce Mein Führer (Double Je) est partie à l’impression.

Pourquoi écrire cette pièce ?

Au début des années 2000, dans un climat encore feutré, une chaîne grand public diffuse un documentaire intitulé Dans l’intimité d’Hitler. On y découvre un homme calme, souriant, proche de son chien. Rien à voir avec la figure monstrueuse et démente que l’on nous avait transmise. Ce n’est plus un démon : c’est un homme. L’un des nôtres.

C’est cette révélation qui a déclenché l’écriture de la pièce. Non pas une œuvre sur un mythe démoniaque, mais sur un homme façonné par son époque, sa culture, ses frustrations — et par une société qui a rendu possible son ascension.

Cette pièce ne cherche ni à rassurer ni à transmettre un savoir historique figé. Elle nous place face à un trouble. Celui d’un comédien qui, en jouant Hitler, découvre en lui-même une part d’adhésion, de fascination, de glissement. Un vertige. Et ce vertige, au fond, est aussi le nôtre.

Pourquoi rééditer la pièce aujourd’hui ?

D’abord pour une raison simple : elle est épuisée depuis longtemps et son éditeur, Siloë, a cessé ses activités. Mais la véritable raison est ailleurs. Le propos de Mein Führer (Double Je) est, hélas, plus actuel que jamais. Il est urgent de rouvrir cet espace de réflexion théâtrale à une époque marquée par une profonde confusion morale et politique.

Depuis plusieurs décennies, le nazisme — que l’on croyait relégué à l’histoire — réapparaît dans les imaginaires culturels. Dans les années 1970 déjà, il ressurgissait au cinéma ou dans la musique, parfois comme provocation, parfois avec une distance ambiguë. C’était l’époque du « c’était avant », où l’on pensait le fascisme définitivement derrière nous. L’espoir d’une société plus fraternelle et plus juste semblait alors possible. En France, l’extrême droite restait marginale et l’élection de François Mitterrand en 1981 paraissait ouvrir une nouvelle ère.

Mais cet espoir s’est progressivement fissuré. Les crises économiques ont nourri la peur, la frustration et la colère. Et comme souvent dans l’histoire, ces tensions cherchent un exutoire : un bouc émissaire. L’immigré, l’étranger, le pauvre deviennent les cibles d’un discours qui, hier marginal, est aujourd’hui de plus en plus audible, revendiqué et légitimé.

Les événements récents le rappellent tragiquement : lorsque l’on en vient à observer une minute de silence pour un néo-nazi dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, c’est que quelque chose s’est profondément déplacé dans notre paysage politique.

Rééditer Mein Führer (Double Je), aujourd’hui, c’est donc rouvrir une question essentielle : comment une société en vient-elle à rendre possible l’ascension de figures autoritaires ?

Rééditer ce texte, c’est poser à nouveau la question : en quoi sommes-nous personnellement aujourd’hui mieux armés pour ne pas sombrer ? Avons-nous vraiment appris ? Ou sommes-nous seulement plus distraits, plus désabusés, plus anesthésiés ?

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