En novembre dernier, sur la demande de la Bibliothèque départementale de l’Oise, nous formions des bibliothécaires à notre jeu Scriptor. Une question revenait souvent, presque comme un fil rouge : comment adapter cet outil à tous les publics, sans perdre son essence, tout en permettant à chacun d’y trouver sa place ?
Un retour du terrain
Quelques mois plus tard, recevoir un retour de terrain apporte une réponse bien plus forte que n’importe quelle hypothèse. Ce retour nous vient d’une classe ULIS — Unités Localisées pour l’Inclusion Scolaire. Pour rappel, ces dispositifs permettent à des élèves en situation de handicap de suivre une scolarité adaptée, tout en étant inclus dans la vie de l’établissement. Des contextes exigeants, où chaque proposition pédagogique doit trouver le juste équilibre entre accessibilité, engagement et sens.
Et justement. Ce qui frappe d’abord, c’est la simplicité avec laquelle le jeu a trouvé sa place :
« Cela a très bien fonctionné et a même contribué à un changement de pratique de la part d’une enseignante. »
Derrière cette phrase, il y a quelque chose de précieux : non seulement les élèves ont adhéré, mais l’expérience a dépassé le cadre de l’atelier. Elle a ouvert une réflexion, déplacé des lignes, donné envie d’aller plus loin. Au départ pourtant, tout n’était pas gagné… Certains élèves ne souhaitaient pas participer. Une réaction que l’on connaît bien, surtout face à des propositions qui sollicitent l’imaginaire ou l’écriture. Et puis, progressivement, quelque chose s’est passé. Le jeu a fait son travail : il a installé un cadre rassurant, une dynamique collective, une curiosité.
Ils se sont pris au jeu. Mieux encore, certains ont choisi d’explorer à leur manière. Là où le collectif était proposé, ils ont préféré s’isoler pour faire l’atelier de la page blanche seuls. Une liberté saisie, une appropriation réelle. Ce n’est plus seulement une activité : c’est un espace.
« Les enfants ont tous participé. »
Trois mots simples, mais qui en disent long dans ce type de contexte.
Du côté des adultes aussi, l’impact est tangible. Une enseignante envisage désormais de travailler davantage le rédactionnel de manière collective, suite à cette matinée. Une autre amorce une réflexion sur l’accueil des structures ULIS, avec même l’idée d’emprunter de nouveaux supports de la Bibliothèque départementale comme Bili la Brouette (car Scriptor n’est pas exclusif). Ce que cela raconte, au fond, c’est la capacité d’un outil à circuler, à s’adapter, à inspirer.
Mais peut-être que le moment le plus juste reste celui-ci : après une série de propositions, les jeunes ont accepté de faire travailler leur imaginaire. Et dans cette invitation,
« On a libéré une part de vos imaginaires. Ne laissez pas l’imaginaire se rendormir. Voici des crayons et des blocs-notes pour y consigner des mots, des idées, des dessins, des histoires… tout ce qui peuple votre imagination. »
il y a exactement ce que nous cherchons à provoquer.
Pas seulement faire jouer. Pas seulement faire écrire. Mais ouvrir un espace qui reste. Et voir aujourd’hui que cet espace peut exister aussi en ULIS, qu’il peut s’y adapter, s’y transformer, et même y déclencher de nouvelles pratiques… C’est sans doute l’un des retours les plus enthousiasmants que nous pouvions recevoir.


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